« Dans ce monde il y a des gens qui préfèrent la solitude, mais il n'y a personne au monde qui puisse la supporter. »
 
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 Rattrapée par le présent... |pv → tendre Deuil|

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MessageSujet: Rattrapée par le présent... |pv → tendre Deuil|   Lun 5 Sep - 20:33

    Du bruit. Partout. Des bruits de pas, de voix. Le bruit de l'orage, au loin. Un regard vers le firmament fuligineux. Des sombres nuages filent à la vitesse du vent, véloces coursiers des cieux. Un éclat de soleil, vite happé par les nuées ténébreuses. Toujours plus de brouillard, une brume dense, épaisse, qui donnait un air maussade à la scène. Les Deux-Pattes criaient, couraient, des lourds sacs pendant de leurs mains difformes. Ils s'échappaient en masse des vitrines aux éclairages surchargés, s'enfonçant dans la brume. Il ne restait d'eux que de simple silhouette semi-effacées par le brouillard, des ombres noires. Mais il restait le bruit. Et les odeurs, aussi. Elles assaillaient mes narines. L'odeur de cette matière tantôt caoutchouteuse, tantôt dure, cette odeur qui me rappelait celle, en bien plus ténue, des larges bandes d'asphaltes installées il y avait peu, pas si loin de là, par des Deux-pattes. Il y avait les odeur des femelles Deux-Pattes, toutes différentes, des odeurs âcres, rances, de fleurs bien trop fortes, une douce fragrance comme décuplée au centuple, la rendant irrespirable. Il y avait les odeurs de colle et de cuir des souliers qui frappaient en cadence sur le sol dur et humide, au long duquel courait un filet d'eau à l'odeur pestilentielle et au goût infect. Je mis une patte devant l'autre. Ce n'était pas le macadam nauséabond des Chemins du Tonnerre. Ça sentait la pierre, c'était glacé et mouillé, mais les monstre n'y circulaient pas. Personne ne faisait attention à moi.
    Un chat passa devant moi en toute hâte, et je reculai avec un feulement. Il y avait d'autres chats. Ils vivaient des ordures et détritus des Deux-Pattes. Ils ne valaient pas mieux que les chats de Clan. Ils dépendaient des Deux-Pattes pour survivre. Des faibles. Tapie dans mon buisson, en bordure des allées commerciales, j'observais.
    Ça m'intéressait. Ça me rappelait des souvenirs, qui, au fin fond de ma mémoire, au fin fond de mon âme, résonnait avec aujourd'hui. Je me souvenais, de la première fois que j'étais venue ici. Avec Nuage de Brume, ma meilleure amie. On courait entre les jambes des rares passants. Les ruelles étaient pratiquement désertes, et les vitrines plus illuminées que jamais. L'air était glacial, un simple souffle semblait un litre d'eau gelée qui nous descendait dans les poumons. Je n'étais même pas apprentie, et cette époque révolue me semblait être vieille d'un siècle. Nous regardions par les fenêtres décorées et embuées les bels arbres parés de queues multicolores, d'énormes baies scintillantes, de lucioles rouge et or... Nous narguions un gros chat de gouttière, perchées sur un muret de pierre, au dessus d'une poubelle éventrée.
    Il y avait aussi un jardin, un jardin plein d'herbes folles, retiré des autres nids de Deux-Pattes. Aucune lumière sur la façade décrépie de la vieille maison. Nous étions entrées par un carreau brisé. Au centre d'une vaste pièce obscure, une table. Et sur cette table, une bougie, une lueur d'espoir dans ce monde ténébreux. Au moment où nous nous approchions, la flamme fut comme mouchée par un coup de vent, et seules quelques volutes de fumée subsistèrent durant quelques secondes. Pourtant, l'air était plat, pas une brise ne soufflait. Terrifiées, nous avions vite repris le chemin du clan, et le lendemain, notre peur fondit comme neige au soleil devant le temps radieux. Mais nous ne retournâmes plus jamais dans cette vieille bâtisse. Quelques lunes après, Nuage de Brume disparut subitement, je ne la revis plus jamais. Cette séparation était toujours restée comme un souvenir douloureux qui hantait mon cœur. Comme tant d'autres. Je n'avais jamais compté les morts. Je devrais le faire, pensais-je. Aujourd'hui, personne au Clan ne se souvenait de mon amie. Je savais qu'il en serait de même pour moi si je venais à disparaître. Et je ne voulais pas que cela arrive. Je ferai tout pour être la meilleure, et régner un jour sur cette forêt. En sorte que personne n'oublie mon nom.
    Un bruit de coussinet se posant sur la pierre rugueuse me fit tourner la tête. C'était un chat roux-crème qui me regardait. Avec l'odeur de mon clan. Je ne l'avais jamais vu, ou plutôt je n'y avais jamais prêté attention. Que faisait-il là ? Qu'un chat de mon clan connaisse cet endroit me mit en colère. J'aurais préféré que moi seule vienne contempler les vitrines parées de mille couleurs. J'avais l'impression que quelqu'un venait de pénétrer dans mes secrets les plus profonds, et cette pensée me tourmenta. Je pris le choix de rester cachée dans mon buisson. A moins qu'il ne m'ait vue...

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MessageSujet: Re: Rattrapée par le présent... |pv → tendre Deuil|   Mar 6 Sep - 20:30

    Tout ce calme. Ce silence. Je n’en peux plus. Les chats se taisent, ils ne disent pas ce qu’ils pensent. Ils se contentent de paraître. Des regards, des sourires hypocrites. Je hais cette atmosphère. J’étouffe. Si parfois le silence me permet de m’envoler, celui-ci me broie. J’ai besoin de retrouver de l’animation, pour me fondre dans le paysage. Je veux pouvoir me dissimuler, je n’aie pas que les gens me scrutent, me jaugent.

    Les rues piétonnes sont un endroit merveilleux pour se sentir engloutit par l’agitation. Ces imbéciles de bipèdes, qui suivent tous la même trajectoire et se croisent sans se voir créent un opéra de bruits de pas. Tous ces sons qui se mêlent, quelques lointains rugissements de monstres, des cris, du bruit, tout simplement. Le mouvement, également, m’est bénéfique aujourd’hui. Je me sens en sécurité, invisible dans cette débandade. Je rase les murs puants, infestés par l’urine des chiens et des déchets jetés par les bipèdes. Toutes ces odeurs… A chaque pas une nouvelle, tout aussi répugnante que la précédente. Soudain, une odeur me frappe. Je n’entends même plus le brouhaha qui m’entoure. Je retourne sur mes pas et hume l’air scrupuleusement. C’est bien l’odeur du clan du Lion, si douce et agréable à mon odorat délicat.

    Il est vrai que je ne montre pas une grande affection à mes camarades de chasse. Mais j’ai tellement de mal à m’y intéresser… La seule personne qui m’importait a détourné son regard du mien, les autres n’ont pas d’importance. Je suppose que je ne dois pas compter pour eux non plus. Je suis tellement transparent. Pourtant, j’ai essayé quelques fois de nouer des liens, même des liens de courtoisie. Mais le courant ne passait pas. Etait-ce moi ou seulement les autres ? Après tout, si Elle m’a délaissé, il se peut que ce soit ma faute, que ce soit moi qui éloigne les autres de ma personne. Oui, peut être que je n’inspire pas confiance ou attirance aux autres personnes. Et puis, je l’ai bien mérité, à rester si longtemps dans l’ombre et l’oubli. Je suppose que je suis condamné à la solitude, statut bien mérité.

    L’odeur vient du buisson. Je m’approche, face à un guerrier du Lion je ne risque rien. Je passe la tête par un espace entre les feuilles. Nuage d’Ajoncs ! Cette apprenti, qui semble si triste et placide ces derniers temps … Tiens, je m’étonne moi-même d’avoir retenu ces informations. Mais il est vrai que je philosophe beaucoup en ce moment. Je viens de détruire en un instant l’opinion que j’ai de moi-même. Si j’ai réussi à retenir l’état de cette apprentie, c’est que les Autres ne me laissent pas si indifférents…

    « Nuage d’Ajoncs. Que fais-tu ici ? Enfin tu n’es pas obligée de répondre bien sûr, je ne suis ni ton mentor, ni ton lieutenant et encore moins ton chef. »

    Je passe mon corps par un écartement de branches et je me glisse sous le buisson, en gardant tout de même une certaine distance avec elle.
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MessageSujet: Re: Rattrapée par le présent... |pv → tendre Deuil|   Ven 9 Sep - 19:00

    Tout en espérant vainement que cet intrus passe son chemin, je me collais dans une tentative désespérée aux branches de mon buisson. Va-t'en, ne tourne pas les yeux... Mais que pensais-je ? Que j'allais avoir de la chance, moi qui devais sans doute compter parmi les chats les plus infortunés par le destin ? J'en avais assez, assez de tout, assez de vivre. Je ne comprenais même plus à quoi cela servait. Je n'avais pas de voie, pas de destin, seulement cette fatalité qui me collait aux pattes. Et qui contaminait aussi ceux à qui je tenais. A croire que tous les gens que je connaîtrai mourraient comme les anciens. Non, risible. Je ne connaîtrai plus personne. D'ailleurs, je ne souhaitais pas le contraire. Toujours est-il que le guerrier roux eu tôt fait de m'interpeler :

    « Nuage d’Ajoncs. Que fais-tu ici ? Enfin tu n’es pas obligée de répondre bien sûr, je ne suis ni ton mentor, ni ton lieutenant et encore moins ton chef.

    Encore heureux, me retins-je de dire en battant de la queue. J'aurais juste voulu qu'il me laisse en paix avec mes souvenirs. Et pire encore, on aurait dit qu'il parlait à un nouveau-né. "Tu n'es pas obligée de me répondre bien sûr". Pensait-il que j'allais me sentir dans l'obligation de lui adresser la parole ? Je pris un ton froid, sans âme, une voix légèrement ironique pour lui répondre.

    - Je sais bien que je ne suis pas obligée. Cela dit, je ne connais pas ton nom, alors que tu connais le mien et cela vaut peut-être la peine de te répondre. Je chasse. Il y a beaucoup de souris et de rats dans les immondices des Deux-Pattes, l'ignorais-tu ? Et toi, que fais-tu là ? Il ne me semble pas déceler l'odeur de la moindre proie sur toi. »

    C'était un mensonge qui me semblait acceptable, étant donné que deux rats m'attendaient au pied d'un frêne, à quelques centaines de queues de renard. Je détestais être dérangée, et plus encore qu'on me pose des questions. Cela m'exaspérait au plus haut point. Je toisais le chat brun rayé d'un air de défi, essayant de lire dans les yeux sombres une quelconque trace de colère qui me réjouirait. Mais il ne montrait pas ses émotions. J'attendais juste une réponse. Mais au-delà de ça, je me rendais compte qu'il émanait de ce guerrier une grande tristesse, qui semblait avoir été trop longtemps contenue, et qui s'échappait malgré son apparence impassible.

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MessageSujet: Re: Rattrapée par le présent... |pv → tendre Deuil|   Mar 27 Sep - 18:41

    - Je sais bien que je ne suis pas obligée. Cela dit, je ne connais pas ton nom, alors que tu connais le mien et cela vaut peut-être la peine de te répondre. Je chasse. Il y a beaucoup de souris et de rats dans les immondices des Deux-Pattes, l'ignorais-tu ? Et toi, que fais-tu là ? Il ne me semble pas déceler l'odeur de la moindre proie sur toi. »

    Je ne suis pas désirable. On ne veut pas de moi. Comment ai-je pu espérer autre chose qu’un ton froid à mon égard ? On récolte ce que l’on sème. On ne m’aime pas. On ne veut pas de moi. On ne m‘aime pas. On ne veut pas de moi. On ne m’aime pas …

    Une simple inconnue. Un échange de politesses. Un regard. Un premier sourire. Une partie « d’attrape moi si tu peux » qui s’installe. Une complicité naissante. Des mots, des échanges, des promesses. Une déclaration. Des jours heureux. Des semaines entières passées à s’aimer, tout simplement. Puis une trahison. Et tout redevient comme avant : une simple inconnue.
    Elle lui tourne autour. Il la dévore du regard. Elle lui caresse l’échine du bout de la queue, tendrement. Il lui chuchote quelques mots à l’oreille. Elle lâche un petit rire discret. Il se retourne. Me voit. Il lui tapote le poitrail de la patte et me désigne de la tête. Elle me lance un regard noir et invite son compagnon à se déplacer.

    Je reste seul. Mon cœur se déchire en lambeaux. L’indifférence et le mépris. Deux attitudes qui suffisent à ravager mon âme si frêle. Combien de temps cela va-t-il durer ? Combien de temps vais-je devoir être spectateur de ma destruction ? Combien de temps vais-je devoir supporter la voir lui donner tout ce qu’elle me donnait ? Je dois ressaisir. Mais je tremble. Je suis pathétique. On ne m’aime pas. On ne veut pas de moi. Elle ne m’aime plus.

    Et il ne l’aimait pas non plus.


    Tendre Deuil se torture. On a tous le cœur emplit de vieux démons. Ceux du matou roux le rongent à petit feu. Il ne restera bientôt de lui plus qu’un tas de poussière. Est-ce qu’une personne sur cette terre pourrait seulement le libérer du poids qu’il traîne depuis si longtemps ? Le chat sursaute. Il a oublié qu’il était en présence de Nuage d’Ajoncs. Il panique intérieurement et tente de se trouver une excuse. Il reste muet et entreprend de se lécher l’épaule pour se donner une consistance. Une fois les battements de son cœur apaisés, il rétorque :

    -Je suis Tendre deuil. Je n’aime pas particulièrement chasser les rats, je doute toujours de leur bonne santé. Je suis là pour … me noyer.

    Il prononce ce dernier mot extrêmement bas, priant presque pour que l’apprentie ne l’entende pas. Il est faible. Lui qui était si déterminé en entrant dans ce buisson, se retrouver confronté à son passé l’a vidé de ses forces.

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