« Dans ce monde il y a des gens qui préfèrent la solitude, mais il n'y a personne au monde qui puisse la supporter. »
 
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 Once Upon a Life [ Pinoux ]

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MessageSujet: Once Upon a Life [ Pinoux ]    Dim 22 Fév - 2:14





«Ho ma chérie, ne te fait pas d’idées, le courant finira toujours par t’emporter. »


C’est ce qu’elle m’avait dit, il y a très longtemps, avant que je ne fasse partie du Clan du Tigre, je n’étais alors qu’une pauvre et faible solitaire. À ce moment-là, je m’apprêtais à traverser une rivière à la nage, j’avais confiance en moi et en mes capacités, j’étais sur le point de me jeter à l’eau mais elle me retint juste à temps. Je me souviens encore de ses sombres prunelles qui me fixaient, elles étaient pleines de savoir et de sagesse. Je n’avais pu me dérober de ce regard et je l’avais écouté avec attention car je ne voulais pas manquer un moment si enrichissant. Je me souviendrai à jamais de ce qu’elle m’avait appris, cela m’avait sauvé la vie, car si par malheur, elle n’avait pas été cette journée-là, je me serais noyée et on ne m’aurait sûrement jamais retrouvé. En fait, je n’aurais manqué à personne puisque je n’avais aucune famille, aucun ami. Elle m’avait montré que le courant de cette rivière était beaucoup trop fort pour qu’une jeune chatte comme moi puisse le contrer et de plus, la distance entre la berge où j’étais et l’autre ne m’aurait pas facilité la tâche. Au contraire, je me serais sûrement épuisée à nager et le courant m’aurait emporté avec lui dans les profondeurs de l’eau.

Je me souvins de tout cela en regardant le lac gelé et toute la neige qui virevoltait autour de moi. C’était une des pires journées hivernales qui fut, l’air était si glacial et piquant, c’en était insupportable. L’atmosphère était humide et poisseuse, ça rendait tout mon corps lourd et fragile, je sentais cette humidité venir se loger dans la moelle de chacun de mes os. Tout semblait se liquéfier en moi, chaque pas me brûlait les coussinets. Je ne sus ce qui m’avait pris de sortir en un temps pareil, je n’étais pas à la recherche de proies, loin de là, je n’avais aucune idée de ce que je faisais ici. J’avais eu un quelconque espoir de revoir Nuage du Destin, j’imagine. Je grelotai de tout mon corps, je devais retourner à la Clarière et au plus tôt. C’était pour cela que je m’étais rendue au bord de l’eau, le lac devait sûrement être assez gelé pour que je puisse le traverser sans problème, et puis, c’était le chemin le plus direct et le plus rapide vers la clairière, je n’aurai pas à le contourner.

Je m’avançai tranquillement car le froid avait déjà dévoré une grande partie de mon énergie, J’avais le devoir d’être vigilante car avec tout ce blizzard, il m’était déjà difficile de percevoir ce qui se tenait devant moi. Je pris une grande inspiration qui me glaça le sang, tentant de me purifier l’esprit pour que tout soit bien clair et défini. Je me souvenais par cœur de la leçon de la vieille, et je ne comptais pas l’oublier lors du trajet. Je m’élançai sur la glace, je me figeai un moment pour voir si elle ne cassait pas, mais elle était bien solide. Cela m’apaisa et je pus continuer sans aucune peur, je ne me pressai, j’avais tout de même un certain doute sur sa solidité si je me m’étais à courir, cela pouvait engendrer des fissures. Je me forçai à continuer et à garder les yeux ouverts mais tout se retournait contre moi, j’avais le vent face à moi et il me repoussait à chaque pas que je faisais, je le contrai de toutes mes forces et cela en tentant de garder les yeux grands ouverts. Mais c’était difficile et je perdais peu à peu de ce qu’il me restait, je marchai alors plus lentement mais tout de même avec vigueur, je n’avais pas perdu espoir. Au contraire, j’en avais même plus, j’y étais presque me disais-je et cela m’apportait le plus grand courage et j’étais sûre qu’il ne me restait plus grand chemin à faire.

J’ai même souris à cet instant-là, j’allais retourner au camp, manger une bonne souris et aller me coucher avec les autres apprentis. Sur cet élan de bonheur, je fis un bon vers l’avant dans l’espoir de me redonner un peu d’énergie pour finir cela mais je tombais et profondément. Tout s’arrêta brusquement, même le temps sembla se figer. Ce fut comme un coup de fouet qui me frappa avec violence, j’eus le sentiment de recevoir en pleine poitrine un des trois grands chênes. Mon souffla se coupa et mes poumons se remplirent rapidement d’eau. J’observai la surface avec stupeur, je ne savais pas ce qui se passait, tout avait été si vite.

Puis, la froideur de l’eau me brûla le corps entier, l’eau s’infiltrait dans tout mon organisme et m’emportait au fond. Ma tête était lourde et je n’avais qu’une seule envie : fermer les yeux et me laisser emporter. Mais c’est là que mon esprit sortit de sa surprise et me réveilla, je me mis à paniquer et bouger mes pattes dans tous les sens. J’avais besoin de respirer, je devais remonter à la surface et m’accrocher à quelque chose. Mais j’étais prise de panique et je ne savais quoi faire pour me tirer de cette situation, j’agitai mon corps de tous les moyens mais rien, je ne pouvais remonter.

Je devais faire vite car je m’étouffais peu à peu, je me calmai et je fermai les yeux un instant. Je sentis que mon corps descendait tranquillement vers le fond et c’est à ce moment-là que je sus quoi faire. J’ouvris les yeux et fixai avec défi la surface de l’eau, avec mes pattes d’avant, je me poussai vers l’avant pour une première fois et recommençai par la suite avec toutes mes pattes. Puis, cela, jusqu’à temps que je ne sois qu’à une queue-de-renard du rebord de la glace. Je nageai avec le peu d’espoir et de force qui subsistait encore au fond de moi. Je sortis la tête de l’eau et se fut comme si je revivais une seconde fois, une larme coula le long de ma joue, j’étais si heureuse et je remplis mes poumons de cet air glacial mais si revigorant. Je nageai sur place mais avec difficulté, c’était tout un effort de ne pas me laisser couleur et le besoin de regagner la stabilité de la glace grandissait.

Je regardai autour de moi pour localiser la glace, elle n’était pas très loin, qu’à une queue-de-renard seulement. Je pris mon courage à deux pattes et nageai jusqu’au rebord, ma respiration était sifflante et roque, mes paupières se fermaient doucement, désormais, je ne ressentais même plus l’eau glaciale. J’agrippai le bord et me hissai sur cette matière ferme et lisse, lorsque j’y parvins, j’avais l’impression que tous mes os s’étaient cassés lors de cet effort. J’étais allongée comme morte et c’en était presque le cas. C’était si douloureux. Tout semblait flou autour de moi, je ne voyais que la neige qui faisait des folies.  Mes paupières se fermèrent enfin et je pouvais respirer un peu plus normalement. J’accotai mon visage contre la glace, elle ne m’était plus aussi froide qu’auparavant, en fait, tout semblait moins tenace. Ce n’était plus ce qui m’entourait qui me causait de la douleur mais mon propre corps, je souffrais tant que des larmes coulaient et se figeaient aussitôt. J’avais l’impression que mes poumons étaient toujours remplis d’eau et que ma gorge était faite de glace, mes pattes étaient engourdies et lourdes et ma tête me faisait atrocement mal.

Puis, je fus prise d’une douleur insupportable, j’avais l’impression qu’on essayait d’extirper mon âme de mon corps, comme si on m’arrachait la peau des os, comme si on me soulevait et qu’on m’emportait dans les cieux. Je ne pouvais même pas hurler ma douleur, je devais souffrir en silence et ça ne voulait pas en finir. Ma vision devint alors complètement noire et j’eus toutes sortes de souvenirs, des choses que j’avais même oubliées.  Et je me pensai alors à toutes sortes de réflexions et je me questionnai sur ma vie complète. Étrangement, ce n’était pas le fait de n’avoir pu me faire baptiser qui m’attristait le plus mais plutôt toute cette souffrance que je subissais. Pourquoi cette souffrance ? Pourquoi cela devait-il nous arriver un jour ou l’autre ? Était-ce réellement nécessaire, et pour quoi après ça ? Je n’eus aucune réponse et je sombrai encore plus profondément dans mes réflexions. Je repensai à Nuage du Loup et à maman, j’avais presque oublié qu’elle et papa m’avaient abandonné, je n’avais jamais su la raison. Et pendant tout ce temps, ça ne m’avait pas dérangé, je me demandai pourquoi avais-je agi ainsi, pourquoi n’avais-je pas voulu une réponse à cela. Cela m’attrista encore plus et me remplit de haine et de douleur, savaient-ils que je mourrai avant même d’être une guerrière ? Était-ce pour cela qu’ils n’avaient pas voulu de moi ? Je ne valais pas toute la souffrance qu’ils avaient endurée, j’imagine. Il vaut mieux un bon guerrier qu’un apprenti inaccompli, non ?

Et puis, qu’avais-je réellement accomplie pour le Tigre ? Rien. J’avais beau être l’apprentie d’Étoile d’Épines, après tout, cela ne faisait pas de moi une bonne combattante ou une bonne chasseuse. Je ne voulais pas laisser Nuage de Loup dans ce monde, je ne voulais pas le laisser seul avec la vision que j’avais, j’étais trop heureuse pour voir la souffrance qui m’entourait et je n’ai pu aider personne qui souffrait à cause de leur vie. J’aurais pu au moins accomplir cela. De nombreuses larmes coulèrent à la pensée d’avoir pu être trop naïve face à tout cela. Mais valait-il mieux être comme cela pour ne pas avoir à endurer la douleur ? C’est sûrement pour cela que les chatons sont si heureux, ils n’ont pas encore conscience de ce qui les entoure. Mes inquiétudes se dissipèrent lentement, telle une fumée qui partait loin de moi. Plus rien de malheureux ou de souffrant n’occupait mon esprit.

Une douce mélodie remplit l’atmosphère, c’était si apaisant et doux, je ne fus jamais aussi heureuse, elle vint combler tous mes doutes par du bonheur et de la mélancolie. Cette mélodie devint plus claire au fur et à mesure que je l’écoutais, puis, elle se transforma en une voix que je connaissais parfaitement mais je ne savais de qui elle provenait… Elle fit remonter tant de bons souvenirs en moi et je ne pus que me dire qu’elle appartenait à une personne que j’aimais et qui était bien. J’ouvris les yeux pour voir si elle venait de mon esprit ou si elle était bien réelle. C’est là que je la vis qui me regardait, je ne pouvais pas bien définir son visage mais elle me faisait ressentir tant de joie que je ne pus que lui sourire. J’espérais pouvoir la reconnaître avant de partir, mais tout était trop flou. Mais cela me comblait, je ne voulais pas tant à vrai dire. Je fermai doucement mes yeux, le sourire toujours aux lèvres, tout était si chaud et confortable tout à coup mais je savais que cela ne pouvait durer éternellement, je savais ce que j’allais devoir subir, et cela n’était pas éphémère.

Et c’est là que je me souvins.

« Merci… Pour tout, Étoile d’Épines. »

I know you, I walked with you once upon a dream...
I know you, that look in your eyes is so familiar a gleam..
And I know it's true that visions are seldom all they seem.


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MessageSujet: Re: Once Upon a Life [ Pinoux ]    Jeu 26 Fév - 21:26

mode pavé bonjouuuur ! désolée, j'espère qu'il te plairas ... et pour la fin, c'est voulu, ça annonce la couleur pour la suite. :3 en tout cas j'ai adoré l'écrire et si tu pleures c'est bon, je serai comblée. keurkeur

Lorsqu’Etoile d’Epines lève la tête vers le ciel, elle n’en voit pas le bleu caractéristique. Les nuages sont là, de blanc et gris mêlés et parfois plus noirs que gris. Le ciel bleu est voilé, ne laissant la place qu’à quelques flocons retardataires et à un froid mordant.
De la vapeur s’élève. Le museau levé ainsi, elle expire puis inspire, plusieurs fois, répétant une litanie silencieuse dont sa vie réclame la moindre attention. Ses yeux fixent le ciel, vide. Elle ne prend pas la peine de cligner pour évacuer les flocons qui viennent s’y poser délicatement. C’est instinctif, spontané. Ses paupières répondent à la demande implicite de son cerveau, chassant par-là même les importuns qui osent bloquer sa vue. Elle ne se rend pas compte de ce que vient d’accomplir son corps et son cerveau, conjointement, en si peu de temps. Tout cela la dépasse. La seule qui occupe son esprit, c’est le ciel. Un ciel qu’elle aurait aimé pur, sans aucunes rides, vide de tout ; plein de rien. Mais là encore, sa pensée lui fait défaut. Et c’est un ciel grisonnant, qu’elle perçoit presque comme vieux, qui se dévoile à elle depuis le matin même.
Un souffle, puissant, lui fait raffermir sa prise sur la terre gelée. Ses griffes tentent tant bien que mal de se planter dans le sol dur, mais aucune n’y parvient. Alors, elle se contente seulement d’épaissir son pelage, de faire gonfler ses poils pour garder un maximum de chaleur près d’elle. Le vent percera sa carapace, cela ne fait aucun doute. Mais elle se sent encore assez forte pour lui résister, assez forte pour oser le défier, sur son propre territoire. Sa fourrure est pictée d’éclats blancs, dissimulant par endroit les teintes brunes et noires qui parsèment son pelage. Une fois réchauffés par la chaleur qui émane de son corps, ces éclats deviennent eau et goutte, pour rassembler ses poils en paquets et épis, lui donnant une allure guère altière, comme le supposerait son rang. Secouant sa tête doucement, elle chasse cette pensée de son esprit. Ce n’est ni le moment, ni l’endroit.

Comme un rouage depuis longtemps inutilisé, elle lève lentement le bas de son corps, faisant basculer son poids sur ses deux pattes arrière. Encore engourdies par le froid, elle se laisse quelques instants pour reprendre le plein contrôle de celles-ci. D’un ample mouvement, elle étire ses pattes avant, faisant à nouveau circuler le sang correctement. Se remettant enfin debout, elle regarde, droite, les alentours.
Tous les autres sont à l’abri. Protégés dans leurs maigres tanières, laissant un vent furieux agresser les branches et le lichen. Serrés les uns contre les autres pour capter un maximum de chaleur venant de l’un comme de l’autre ; laissant la place du centre aux plus jeunes ou aux plus vieux. Telle est la règle. Quelques-uns ont trouvé refuge en bordure de la forêt, dans l’orée. D’autres, courageux ou bien téméraires, sont dehors et subissent les assauts du blizzard, vent et neige mêlés.
Cela faisait longtemps qu’ils n’avaient pas eu un tel hiver. Aussi froid, et avec autant de neige. Le seul encore présent à sa mémoire était celui de son arrivée dans le clan, alors qu’elle n’était qu’une jeune chatte d’à peine une quinzaine de lunes. Elle se rappelle encore maintenant son étonnement et ses yeux ébahis contemplant le ciel et les flocons qui ne cessaient d’en descendre. C’étaient ses premiers flocons, sa première saison des neiges : son premier et véritable émerveillement. Mais désormais, cela sonnait comme faux à ses oreilles. Durant toutes ses saisons, elle avait connu mieux, pour ne pas dire meilleur. Elle avait découverte des choses qu’elle n’aurait pu soupçonner un seul instant, auparavant ; avant son arrivée.

Ses pas la conduisirent à la suite de ceux de son apprentie. Sans qu’elle sache vraiment comment, ni pourquoi ; parce que la question n’avait pas lieu d’être. Elle la suivi pendant un moment mais lorsqu’elle remarqua que la noiraude n’avait pas de destination particulière, elle ralenti le pas pour finalement s’arrêter. Cela ne servait à rien. D’un soupir, elle regarde tout autour d’elle, pour voir où est-ce qu’elle a atterri en suivant son apprentie.
Les terres libres s’étendent sous ses yeux, éprises d’une liberté invisible. Un petit sourire en coin déforme sa gueule, fait tressauter ses vibrisses. L’endroit est tout de blanc recouvert, ne laissant aucune place à aucunes autres teintes. Elle s’avance, désireuse d’explorer, de découvrir. Comme un chaton. Désireuse d’aventures ; comme un apprenti. Et bientôt, sa silhouette s’efface sous le vent qui ne faiblit pas, pas même qu’il ne semble vouloir s’arrêter.


Lorsqu’Etoile d’Epines réapparaît, c’est pour se retrouver en face d’un petit lac. Sa surface est lisse, battue par le vent, gelée par la glace et recouverte par la neige. Les environs n’en mènent pas plus large. La faune aquatique est emprisonnée dans un écrin de glace, et ne verra le jour qu’à la saison des feuilles nouvelles. Son regard parcourt l'étendue gelée avant de s’attarder sur ce qu’elle perçoit comme une forme, sur la rive, un peu plus loin. Étrange est le mot qu’elle murmure, le laissant prendre place dans son corps et activer ses muscles. Et plus elle se rapproche, plus elle distingue les contours flous d’un animal. Et tout aussi insidieusement, une sensation, ou plutôt un mauvais pressentiment, prend possession de la moindre parcelle de son corps. Alors elle accélère. Ses coussinets, déjà malmenés, commencent à faire entendre leurs plaintes mais elle fait la sourde oreille, à la limite même qu’elle oublie. Toute son attention est focalisée sur une seule chose, devant-elle. Sa respiration se fait rapide. Par l’effort ou par ce qu’elle voit, elle ne sait pas. Ne sait pas … Ou plutôt, elle ne veut pas savoir. Une voix, dans sa tête, lui hurle quelque chose qu'elle ne veut pas savoir, et encore moins voir. Parce qu’elle a reconnu le corps.
Ses pas se transforment en foulées précipitées, incontrôlées. Sa respiration se fait de plus en plus erratique à mesure qu'elle accélère, ne prenant pas la peine de regarder où elle pose ses pattes ; sur la glace ou la neige, peu importe. Plus rien n'a d'importance, à cet instant précis. Ses yeux ne fixent qu'une seule forme parmi celles, nombreuses, qui composent sa vision. Et peut-être pour la première fois, elle n'a d'yeux que pour elle. C'est dur. À mesure que sa course la rapproche, elle réalise certaines choses, qu'elle n'avait pas voulu s'avouer avant. À croire que c'est vraiment le dernier moment.
Ses pensées s'emmêlent. Elle se perd dans le marasme noir qu'est en train de devenir son esprit. Plus rien n'est cohérent : seules les informations que son corps juge vitales lui parviennent pleinement. Le reste est perdu, flou. Drôle course du temps.

Et les ailes qui portaient son corps s'effacent brutalement. La neige n'est plus solide et elle s'y enfonce soudainement. De surprise, elle hoquette, crache la neige terreuse qu'elle vient d'avaler. Le souffle qui portait ses pattes s'en est allé. Et la réalité la rattrape. Epines ne cherche pas à se dérober de son emprise. Elle sait.

Devant elle, il y a le corps de Nuage Mélodique. Il est trempé, pour ne pas dire noyé. Son poil noir est en bataille et l'eau les a empaqueté par tas, rendant presque méconnaissable la jeune féline. Pourtant, c'est bien elle. Son ventre se soulève doucement et parfois par à-coup, comme si il lui était difficile de respirer. Et bientôt, c'est sa propre respiration qui se coupe. Avant de repartir, encore plus effrénée que jamais. Ses yeux s'ouvrent, se ferment, clignent sans cesse. Pendant un instant Etoile d'Epines a le temps d'apercevoir la peur briller au fond de ses pupilles. Devant ce spectacle macabre, c'est la seule chose qui la réveille de sa transe.
À nouveau, Epines s'affole. D'après ce qu'elle voit, Nuage Mélodique n'en a plus pour longtemps. Ce n'est même plus son esprit qui le lui hurle, mais son cœur. Elle en est intimement persuadée ; et c'est ça qui lui fait le plus peur. Parce qu'elle est sûre de ne pas se tromper. De toutes les fois où elle a dû faire un choix, celui-ci restera gravé dans son cœur à jamais.
S'accroupissant près de son apprentie, elle tente de l'appeler, sans jamais avoir de réponse, si ce n'est de faibles gargouillis. Elle regarde tout autour d'elle, espérant vainement d'apercevoir une silhouette, au travers des flocons. Jetant des coups d’œil de plus en plus désespérés à son apprentie. Quand son regard se posa sur les traces qu'avait laissées Nuage Mélodique sur le sol enneigé, elle comprend qu'un peu plus loin devait se trouver un trou dans l'eau gelée du lac. Ses yeux dérivent à nouveau sur le corps secoué de tremblements. Et la peur reprend sa course, plus insidieuse que jamais. Elle se forme telle une boule, prend d'assaut le moindre de ses membres, qui se mettent à tressaillir, doucement. Ses yeux s'agrandissent. D'étonnement, d'angoisse, de peur. Une fois encore, elle appelle Nuage Mélodique, la suppliant de rester avec elle, lui disant qu'elle n'a pas encore terminé son apprentissage ... Mais rien. Un voile noir s'est déposé sur ses yeux, les couvrant de toute lumière. Un voile opaque, duquel aucun sentiment ne peut être perçu. Son corps frêle cesse de sursauter pour s'immobiliser, une dernière fois. Et une dernière fois, Etoile d'Epines murmure avec douceur le nom de son apprentie, tandis que ses pattes se dérobent sous elle.

Elle atterrie face contre neige. À ce moment-là, le froid lui fait un bien fou. Elle aimerait se laisser là. Ici, tandis que le vent continu de bourdonner à ses oreilles et que la neige glace de plus en plus son ventre et ses pattes.

Merci … Pour tout, Etoile d’Epines.

Cette seule phrase lui fait tout oublier. Ces quelques mots, à eux-seuls, lui martèlent le cœur, s'y impriment comme le soleil sur la terre vierge. Sauf qu'il ne fait pas aussi mal. Qu'il n'est pas aussi brûlant, aussi ravageur.
Elle relève brutalement la tête pour croiser les deux orbes, bleutés et sombres comme la nuit, de Nuage Mélodique. Un regard. C'est tout ce qui lui fallait. Ni plus. Ni moins. Son cœur, auparavant mis à rude épreuve, vient de lâcher. Il ne se brise pas, mais il lâche ; se déconnecte, s'arrête. Il pompe toujours et encore le sang qui coule dans ses veines mais sa mission s'arrête désormais ici. Plus rien n'a d'importance.
La voix de la féline est si faible qu'Epines doit se pencher au plus près de son visage pour comprendre ce qu'elle essaye de lui dire. Mais ses lèvres restent désespérément closes. À jamais.
Son visage se décompose. Ses yeux perdent leur dernier éclat. Un goût amer traverse sa bouche. Un mélange de remords, de culpabilité et de nostalgie. Elle regrette, plus que tout. Regret de ne pas être arrivée plus tôt, regret de ne pas l'avoir suivi jusqu'au bout. Regret de ne pas avoir pu l'empêcher de se noyer. Regret de la laisser mourir, ici, sur le sol dur et froid, gelé par la neige. Le poids du remords l'accable doucement. Elle laisse ses épaules s'affaisser sous ce poids invisible. Son corps suit le mouvement, lui aussi. Plus aucune volonté ne l'anime. Il est comme vide.
Etoile d'Epines laisse tomber sa tête sur le corps sans vie de son apprentie. Lentement, elle sent son odeur. Elle enfouit son visage dans son pelage, apprécie une dernière fois le contact de la fourrure gelée sur son visage. Les premières larmes coulent. C'est doux, presque salutaire. Quelques instants se passent ainsi, sans que rien ne bouge, sans un seul bruit pour troubler l'étrange quiétude des lieux.

Enfin, un cri déchire l'air. Il dure longuement, sans ondulation de voix. Juste un hurlement. Ni de rage, ni de tristesse, ni de colère. Un cri.
Le temps paraît infini.
Le temps passe.
Et les premiers sanglots, violents, soudains, arrachent le silence qui s’était tissé à l’endroit. Destructeurs, ravageurs, ils balayent tout sur le passage. Le silence cesse, laisse place à des bruits, des gémissements, des plaintes. Des mots se forment sur les lèvres, sont criés de toutes forces, hurlés, crachés.
Plus rien n’est accepté.
Plus rien n’a de sens.

Elle n’aurait pas pensé à ça.
Elle n’aurait pas pensé que tout ça allait la détruire, la ravager, à petits feux, pernicieux.
Elle n’avait pas pensé que ça l’affecterait autant.
Elle n’avait pas pensé que tout ça ait le moindre sens.

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merci drizzle, tu sais comme je t'aime. ♥
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Once Upon a Life [ Pinoux ]

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